Parmi un ensemble de livres remarquables sur la Résistance, les Editions Ampelos ont publié, en 2019, un
texte étonnant de Bernard Favre : Allemand et Résistant, Hugo Schmidt, combattant anti-nazi, biographie
d’un personnage exceptionnel.
Hugo Schmidt, 1910-1944, est né dans la Ruhr, région d’Allemagne occupée par les forces françaises
alors qu’il a 13 ans, ; il est témoin de la misère ouvrière et des combats ardents des militants communistes
qui croient encore possible le succès d’une révolution prolétarienne ; à partir du début 1933, membre du
Parti communiste, il est particulièrement surveillé par la Gestapo, arrêté puis relâché. Il décide alors de
s’exiler, en Hollande puis dans le Borinage, bassin industriel de la Belgique, où il poursuit son activité
politique. A la même époque, il fait la connaissance de Sara Wijnberg, Hollandaise et Juive, mais à la fin
de l’année 1936, il rejoint l’Espagne afin de s’engager dans le Bataillon Thalman, une unité communiste
des Brigades Internationales, où il reçoit, à Albacete, une formation militaire avant de combattre comme
mitrailleur. Blessé, il quitte l’Espagne en 1938 et retourne en Belgique où, toujours traqué par la Gestapo,
il est considéré comme « suspect » par les autorités belges, il est assigné à résidence. Le 15 mai 1940, il
est, comme tous les assignés à résidence de Belgique, transféré en France. Commence alors une longue
errance dans les camps frnançais où les conditions sont indignes : Saint-Cyprien, dans les Pyrénées
Orientales puis Gurs, près de Pau. En 1941, Hugo Schmidt est intégré de force dans un des nombreux
Groupements de Travailleurs Etrangers, structures créées par Vichy pour « les étrangers en surnombre
dans l’économie nationale » et affecté à un camp en Haute-Savoie, au sud d’Annecy. Il effectue de durs
travaux de bûcheronnage, d’empierrement d’une route et de « boisage » dans une mine. En juillet 1943, il
s’évade pour gagner un petit maquis qui, au cœur des Alpes, réunit quelques étrangers, notamment des
Espagnols de la CNT (anarchistes), avec 5 pistolets pour tout armement.
Au début de l’année 1944, à l’initiative du BCRA gaulliste de Londres, est créé le Maquis des Glières. Se
croyant protégés par le relief, alimentés par les agriculteurs, attendant vainement les parachutages alliés,
465 hommes tiennent se « réduit forteresse ». Mais dès mars 1944, 6.000 hommes de la 157e division
alpine de l’armée Allemande, appuyés par des miliciens français, donnent l’assaut avec des moyens
terrestres et aériens : après de durs combats, des résistants se cachent, d’autres réussissent à fuir ; 212 sont
tués, les autres arrêtés, parmi lesquels Hugo Schmidt. La répression est terrible. Incarcéré, avec 11 de ses
camarades, à la Caserne Desaix d’Annecy, il est condamné à mort par un « tribunal » de la Milice, il est
fusillé le 4 mai par des gendarmes français. Paul Chapal, pasteur de l’Église réformée de France, engagé
dans la lutte contre l’occupant, assiste les suppliciés : Hugo évoque Sara et leurs deux enfants qu’il a à
peine connus puis refusequ’on lui bande les yeux : « je veux voir mes assassins en face, je veux les voir ».
Comme son héros, cette biographie écrite par Bernard Favre est exemplaire ; une belle écriture, une très
vaste documentation (puisée dans les archives, publiques ou privées, de Belgique, Suisse, Italie et bien sur
France) et un index très complet, font qu’un tel livre s’adresse à la fois au grand public et aux chercheurs.
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